Accueil » Cap sur 2022 : Rire autrement en bande dessinée

Cap sur 2022 : Rire autrement en bande dessinée

Cette année nous avons la chance de travailler avec Gallimard Bande Dessinée et de mettre en avant son catalogue autour du thème : Rire autrement en bande dessinée.
Ainsi vous aurez la chance de rencontrer : Émile Bravo, Lucie Durbiano, Olivier Jouvray, Guillaume Long, Stéphane Melchior et Vincent Sorel !
C’est ainsi qu’une nouvelle édition toujours aussi extraordinaire du festival se prépare. Elle permettra également, par ce thème, de fêter les 50 ans de Gallimard Jeunesse.
Nous avons hâte de vous y retrouver, petits et grands, et de partager avec vous notre passion pour la bande dessinée !

RIRE AUTREMENT EN BANDE DESSINÉE

À l’instar du 7e, l’humour est une brique, sinon LA brique élémentaire du 9e art… Et ce n’est pas la souris Ignatz du Krazy Kat de George Herriman qui nous contredira ! Cependant, à force de malentendus sémiotiques et de textes de censure, la drôlerie séquentielle va incarner, bien malgré elle et pendant longtemps, les limites de son expression. Aujourd’hui, le purgatoire a pris fin et le loufoque, l’absurde, le comique, le trait d’esprit, le trash rieur, la mélancolie souriante, l’ironie ou encore le burlesque se diffusent librement dans et entre les cases ; une diffusion se traduisant par un nombre considérable d’œuvres précieuses, dont nous vous invitons à découvrir ici une petite (mais essentielle !) sélection.

Des petits chiens et des mamies

Charles M. Schulz proclamait que le bonheur, c’est un « petit chien tout chaud » que le petit enfant serre contre lui. Cette naïve saillie, de celui qui construisit un empire financier à partir d’une « simple » bande consacrée à un microcosme enfantin, est assez éclairante quant à l’ambivalence de l’auteur. Car ses Peanuts (cacahuètes en français ou clopinettes : à vous de juger le sens précis de ce titre !) ne respirent pas vraiment ce bonheur affiché, ces derniers pouvant se lire comme un miroir – d’une rare justesse psychologique, d’ailleurs – de nos névroses, complexes, désillusions et abandons d’adultes. Ce monument, heureux responsable de la maturation du 9e Art, a été réédité par Dargaud entre 2005 et 2021 sous forme de beaux opuscules oblongs, souvent préfacés par des « fans » : Matt Groening (géniteur des Simpson) ou F’Murrr (Le Génie des alpages), Billie Jean King (championne de tennis), Diana Krall (chanteuse et pianiste de jazz)… ou encore Barack Obama !

Le registre plus intergénérationnel et sans les oripeaux de l’anthropomorphisme, le génial Émile Bravo l’incarne mieux que personne, louant et répétant à l’envi la capacité des enfants à se poser des questions essentielles, existentielles, tout en prônant l’humour et l’autodérision pour se les poser (lire absolument ses formidables Spirou et Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, ouvrage bouleversant coécrit avec son ami d’enfance Jean Regnaud). Le duo Olivier Jouvray-Sylvain Bec s’inscrit dans ce registre, comme le prouve l’une des plus belles et récentes surprises du moment – Marco & Co, deux tomes parus chez Gallimard bande dessinée – aux planches savoureuses et faisant la part belle à la figure de la grand-mère… décidément très tendance dans le 9e Art : le manga Une sacrée mamie de Yôshichi Shimada et Saburô Ishikawa (série réédité par Delcourt en 2022) ou la Mamette de Nob chez Glénat nous le prouvant aussi joyeusement que de façon lacrymale !

Gala de gaffes à gogo

Héritiers des frasques et du lambinage (élevé ici au rang d’art majeur et éloge de la paresse, avant l’heure) de l’inoxydable Gaston Lagaffe (encore lui) et des pitreries anarchistes des Pieds Nickelés, créés par Louis Forton en 1908, des auteurs continuent également d’œuvrer dans un style « bon enfant » et gentiment impertinent. On rangera, dans cette niche réputée traditionnelle, des noms comme ceux de Pierre Maurel, démiurge du perdant magnifique et attachant Michel (éditions L’employé du moi), parangon joufflu du « résistant malgré lui » au règne de la numérisation et de l’économie de marché, accélérateurs aveugles de précarité ; Bruno Heitz dont le Privé à la Cambrousse, sorte de recueil d’enquêtes paysannes et anecdotiques façon Simenon, plein de roublardise et délicieusement désuet, tout comme son très provençal Bistrot d’Émile ; Guillaume Long avec ses leçons de gastronomie décomplexée et réjouissante : À boire et à manger ; la révélation Elizabeth Pich et sa jouissive Fungirl, publiée chez le Fluide Glacial du XXIe siècle : Les Requins Marteaux.
Et, haro sur l’ethnocentrisme, les espiègleries s’expriment tout aussi bien hors de nos frontières : des titres tels que Les aventures du roi singe de Stéphane Melchior et Vincent Sorel ou Akissi de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin nous le rappellent, si c’est encore nécessaire.

Classiques pas tristes

L’une des plus grandes vertus de cette production est qu’elle s’ose s’attaquer à tous les sujets, des plus tabous… aux plus nobles ! Et la littérature n’est pas épargnée. Ce qui est une aubaine pour cette dernière, en vérité, des autrices telles que Catherine Meurisse ou Delphine Panique offrant une nouvelle jeunesse à une histoire et des titres parfois condamnés à un oubli certain. Cette dernière emprunte quelque peu le nouveau chemin osé et permis par la créatrice du bouleversant La légèreté et, plus récemment, du fantasque La jeune femme et la mer, avec ses Classiques de Patrique, Chroniques littéraires décalées pour petits et grands adolescents qui sont une lecture mise à jour de romans et d’artistes panthéonisés, éclairés par un regard gentiment (enfin pas toujours… bis!) corrosif ! Dans une logique qui n’est pas documentaire mais celle de l’adaptation, on s’intéressera aussi aux adaptations particulièrement réussies dans la collection Fétiche de Gallimard : Sacrées sorcières de Roald Dahl par Pénélope Bagieu, La sorcière du placard aux balais de Pierre Gripari par Florence Dupré la Tour, Verte de Marie Desplechin par Magali Le Huche ou Claudine à l’école de Colette par Lucie Durbiano. Rires, fidélité et fantaisie garantis !